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Magration irrégulière : La pression des familles

Histoire d’une immigration qui tourne au vinaigre.

« En 2003, alors que je venais d’avoir ma licence en droit, je me suis lancé à la recherche du travail en vain. J’avais même fais plusieurs concours sans succès ! Ma mère ne supportait pas de me voir errer. Elle vit mon père pour qu’il m’aide à « traverser ». Mon père vendit son terrain, son salon et sa télévision, unique investissement fait dans sa vie. Il réussit à me trouver deux millions de francs. Je m’engageais donc à faire mes papiers, le seul obstacle que j’avais rencontré était lié à l’hébergement. Je n’avais personne en France. Un démarcheur rencontré à l’entrée de l’ambassade de France fit semblant d’appeler un des siens basé là bas pour m’envoyer des papiers. Le coût de cette transaction s’éleva à 200.000 FCFA, j’avais payé une caution de rapatriement et d’autres taxes s’élevant à près de 1.300.000 FCFA. Il me restait donc 500 000 FCFA pour le billet d’avion et 100 000 FCFA pour me battre le premier mois. Le visa me fut refusé.

Ma famille refusa d’avaler la pilule et mon père me demanda de lui remettre son argent. Il me restait encore un peu de sous. J’ai donc décidé de tenter l’aventure par le Maroc comme me l’avait conseillé Anselme mon ami de longue date. Je savais que j’avais une infime chance de réussir, mais il fallait réussir à tout prix. Arrivé au Maroc, je vis des situations désolantes. Nous dormions 15 dans une chambre si étroite, chacun attendant son tour pour embarquer dans une pirogue de luxe pour arriver en Espagne.

Des jeunes comme moi mourraient tous les jours, certaines filles qui avaient tenté l’aventure étaient violées. Nos chambres sentaient l’urine, personne ne voulait nettoyer. Nous payions des sommes énormes pour être logés et embarqués. Au bout d’une semaine d’attente, mon argent était fini. Un compagnon de circonstances me faisait parfois manger. Quand mon tour d’embarquer arriva notre pirogue se renversa au bout de quatre heures de traversée. Je réussis à me sauver par la nage, mais j’avais perdu des compagnons de route. Ne supportant plus cela, j’avais décidé de prendre la voie de retour au pays. Un ami clandestin me proposa de me brancher dans une affaire de vente de voitures. J’ai accepté et voilà comment je me suis retrouvé en Côte d’Ivoire. Toute ma famille me croyait en Europe ». C’est l’histoire que nous a confiée Narcisse .O, deux mois avant sa mort en 2006. Il fut assassiné dans sa chambre après une vente fructueuse de voiture à Treichville. Son père ne pouvant supporter cet échec perdit aussi la vie suite à un infarctus.

Ce témoignage illustre la pression que mettent les parents sur leurs progénitures pour réussir à tout prix et à tous les prix en Europe. Gage du succès d’une famille qui espère un retour sur investissement. Aujourd’hui, la famille de Narcisse est dans le désespoir.

Joseph Dzéné

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